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Lectures d’été n°9. Histoire de France, Jacques Bainville

Lectures d'été n°9. Histoire de France, Jacques Bainville

Lectures d’été n°9. Histoire de France, Jacques Bainville

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Par Donatien VERET, secrétaire départemental du FNJ – Val d’Oise

Membre de l’Académie française, monarchiste, Jacques Bainville est un historien français né le 9 février 1879 et mort le 9 février 1936. Reconnu pour avoir pressenti les dangers de la Seconde Guerre mondiale, dont il ne verra pas l’avènement, il est notamment l’auteur d’un magistral Napoléon et d’une Histoire de France. Si cette Histoire de France n’a pas la précision d’un ouvrage universitaire récent, elle vaut par la vivacité de ses descriptions, sa force narrative et l’esprit français que l’auteur a su restituer pleinement.

Retraçant les grands épisodes de la nation française, Jacques Bainville définit l’esprit d’un pays où « l’idée de l’unité, l’idée de l’État » se confondent en une seule notion : la souveraineté. Le vieux pays de France est attaché à une souveraineté nationale forte, il repose sur une volonté politique et sur une intention humaine inflexible. Il lutte contre « le morcellement de l’autorité et de l’État » et contre « le pullulement de souverainetés » : ce qui explique la répugnance française pour la décentralisation excessive, qui affaiblit l’État, pour les intérêts particuliers qui cherchent à l’affaiblir, comme pour le marché et son organisation anonyme et décentralisée. Rien ne répugne plus à notre pays que le règne du marché, qui dissout toute autorité et toute institution, qui apparaît comme un lieu vide où se rencontrent de pures individualités, et qui symbolise le refus de l’idée même de souveraineté et de volonté politique. L’utopie libérale de l’extinction du politique lui est étrangère.

Un haut sens de l’État distingue les grandes figures de notre pays : de Charlemagne, organisant l’administration du pays, à Louis XIV (sur son lit de mot, il déclara : « Je m’en vais, mais l’État demeurera toujours ») et Philippe Le Bel (qui poursuit la lente centralisation de l’État et s’oppose aussi bien aux pouvoirs des féodaux qu’aux prétentions temporelles de la papauté). Plus tard, Charles de Gaulle fera sien cet héritage en déclarant : « La mission que m’a donnée le peuple, c’est de sculpter la statue de l’État ». De là découle la conception française de l’intérêt général : contrairement à la conception anglo-saxonne, utilitariste, qui fait de l’intérêt général la somme des intérêts particuliers, l’intérêt général est en France le dépassement des intérêts particuliers, c’est la volonté générale qui transcende les individus. Chez Bainville, on retrouve toujours ce motif de la reconstruction de l’État ou de sa préservation ; l’affermissement de sa force reparaît comme un leitmotiv : sans l’Etat, c’est l’anarchie, et « l’anarchie profite toujours à quelqu’un, souvent aux grands, jamais aux petits ». Un État fort met au pas des féodalités économiques et des factions politiques : il garantit l’intérêt général.

Cette plongée dans l’histoire de France offre des similitudes frappantes avec la situation actuelle. Bainville rappelle en le déplorant que « pour avoir raison de la France, l’ennemi a toujours su qu’il devait trouver des partisans chez elle » : aurait-on assez de place pour dresser la longue liste de ceux qui ont vendu le pays à la finance et à l’Union européenne, de ceux qui se revendiquent de la nation puis la trahissent… L’historien rappelle que sans unité, les Français se déchirent, et « par leurs divisions [ouvrent] la France à l’étranger ». Il reste à donc reprendre cet « achèvement de la France, la réalisation du grand dessein national si souvent compromis, si souvent entravé », pour refaire l’unité française. Cette unité passe notamment par l’enseignement de l’histoire de France à l’école et l’acceptation de tous ses épisodes, qui dessinent un seul et même tracé. Rappelons-nous que Napoléon déclare : « de Clovis aux Comités de salut public, j’assume tout ». Rappelons-nous que Mitterrand avait vu juste (eh oui !) en affirmant qu’il « existe dans notre pays une solide permanence du bonapartisme, où se rencontrent la vocation de la grandeur nationale, tradition monarchique, et la passion de l’unité nationale, tradition jacobine. » Les grandes tendances se réunissent dans une synthèse qui fait la France et dont la Vème République est une des réalisations.

L’Histoire de France de Bainville est aussi une invitation à l’espoir. L’historien conclut son livre en rappelant qu’ « après toutes ses convulsions, parfois plus violentes qu’ailleurs, [la France] ne tarde pas à renaître à l’ordre et l’autorité dont elle a goût naturel et l’instinct… Si l’on n’avait cette confiance, ce ne serait même pas la peine d’avoir des enfants. » Ainsi, contre les coalitions d’Europe, dans la camisole des traités, malgré l’incurie de ses dirigeants, la France insoumise refuse de mourir.

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