Retrouvez le FNJ sur les réseaux sociaux

Lectures d’été n°8. Le pacte immoral, Sophie Coignard

Lectures d’été n°8. Le pacte immoral, Sophie Coignard

logo

Par Donatien VERET, secrétaire départemental du FNJ – Val d’Oise

Sophie Coignard, journaliste au Point, est l’auteur de plusieurs livres à succès, dont Un État dans l’État, L’oligarchie des incapables ou Le pacte immoral. Nous nous pencherons sur ce dernier livre, qui traite de la dégradation de l’école en France. La journaliste se livre à une critique des différentes réformes pédagogiques enclenchées par les gouvernements successifs et la casse – voulue ? – de l’école républicaine. Elle dénonce notamment un « égoïsme de caste » et un « cynisme d’État » qui ont conduit à la préservation de lieux d’excellence – réservés à l’élite – et l’expérimentation des nouvelles méthodes d’enseignement dans les collèges et lycées moins « huppés » – par exemple en ZEP mais pas seulement.

Le livre permet de comprendre 40 ans de réformes nocives, menées par l’UMP comme par le PS, basées sur les réflexions du pédagogiste Philippe Meirieu ou du sociologue Pierre Bourdieu. Le premier affirme que l’élève doit se faire « l’épistémologue de ses propres connaissances pour inventer, avec le maître, de nouvelles procédures à acquérir » (!!!) : un langage quasi-ésotérique pour établir un système où l’élève est au « centre de l’école », à la place de la transmission du savoir. L’instruction publique devient l’éducation nationale, ce qui dénote le passage de l’élève, à qui l’on enseigne, à l’enfant, que l’on doit amuser. Meirieu reste la référence des gouvernements de droite comme de gauche, comme l’a démontré l’épisode où Benoist Apparu récita un rapport entièrement truffé de son vocabulaire.

Le second, Bourdieu, accuse, dans La reproduction, « l’enseignement public d’exercer une « violence symbolique » destinée à perpétuer la hiérarchie sociale en vigueur ».
Comme le souligne avec justesse Sophie Coignard, « l’école, disent-ils, est un lieu de reproduction dont il faut éradiquer les fondements bourgeois : c’est en cessant de transmettre des savoirs – forcément issus du capital culturel dominant – que l’on triomphera des inégalités. C’est donc cet élitisme républicain que prônait le Conseil national de la Résistance qu’il faut désormais combattre ». Au nom de la démocratisation de l’enseignement, tous ces théoriciens attaquent le modèle français, pourvoyeur d’élites venues du peuple, et vantent un nivellement qui abaisse les contenus enseignés. Le système produit des inégalités et de la reproduction ? Détruisons-le, abattons le savoir et laissons les élèves devenir des ilotes. Évidemment, toute cette « philosophie » ne passe pas la porte des grands établissements – Louis le Grand, Fénelon, Henri IV – où les exigences sont maintenues.

Sophie Coignard montre avec force l’absurdité de la situation actuelle : une détérioration de l’image des professeurs et la stagnation de leurs revenus ; le remplacement des Écoles normales par les IUFM, où l’on forme aux méthodes pédagogistes les plus folles ; « l’intrusion de l’argent dans ce sanctuaire républicain » qu’est l’école. « L’orthographe devient matière à discussion », et, paradoxalement, à contre-courant de ce simplisme abrutissant, la grammaire est enseignée avec des termes abscons, en remplacement de la traditionnelle analyse grammaticale. Le relativisme culturel pousse à mettre sur le même plan le texte d’un mode d’emploi et les ouvrages de Marcel Proust. Le « par coeur » est rejeté, les contraintes sont abandonnées, jugées violentes, les enseignements disciplinaires sont moqués au profit d’ « activités d’éveil » brouillonnes. La méthode globale supplante la méthode syllabique (et semi-globale), pourtant mieux adaptée au cerveau : les difficultés de lecture et d’expression explosent parmi la jeunesse.

Aussi corrosif et informé que L’oligarchie des incapables, le livre de Sophie Coignard est essentiel pour comprendre l’abaissement de l’école. Il permet de saisir comment les élites ont bénéficié d’une sorte de dérogation aux enseignements délétères qu’elles imposaient ailleurs. Avec L’enseignement de l’ignorance de Jean-Claude Michéa, il constitue une  bonne introduction aux questions de l’école en France.

Après la sortie du livre, et malgré les moulinets de ses partisans, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a introduit la « théorie du genre » à l’école, supprimé l’histoire et la géographie en terminale scientifique, supprimé des heures de cours de français à l’école primaire et vidé les programmes de l’histoire de France au profit d’un enseignement « multiculturel ». Capital dans la transmission des savoirs fondamentaux et la protection de la personnalité nationale, le sanctuaire de l’école a été fissuré. Les lubies libérales-libertaires, infantilisantes et débilitantes, se sont introduites dans ces failles ouvertes par l’UMPS. Heureusement, de nombreux professeurs continuent de fournir un enseignement digne de ce nom, malgré 40 ans d’usure impulsée par l’État : fortement ancrée dans l’esprit de ces « hussards noirs » contemporains, la méritocratie républicaine subsiste en France. Pour combien de temps ?
L’école doit être une priorité absolue pour le redressement de la France. Le Collectif Racine, collectif de professeurs associés à Marine Le Pen, l’a bien compris : ses analyses et ses propositions substantielles sur l’école permettront son rétablissement.

    API Twitter non configurée.