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Lectures d’été n°6. Le potentiel de destruction du marché, Henri Arvon

Lectures d’été n°6. Le potentiel de destruction du marché, Henri Arvon

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Par Donatien VERET, secrétaire départemental du FNJ – Val d’Oise

Nous diffusons ici une citation issue du livre d’Henri Arvon Les libertariens américains, de l’anarchisme individualiste à l’anarcho-capitalisme. Si l’auteur a parfois de la sympathie pour ces penseurs américains tenants d’un extrémisme anti-État et anti-politique, et partisans du pur individualisme coupé des autres, motivé par son seul intérêt, il décrit avec justesse l’utopie infernale que représenterait l’application de leur pensée. Sa définition du marché laissé à lui-même est parlante : « désencastré » (pour reprendre la formulation de Karl Polanyi) de la Nation et de ses impératifs collectifs, il laisse libre cours à sa puissance de destruction, il réduit le monde à sa valeur marchande et se joue des frontières et des souverainetés nationales. Bien sûr, le marché a des vertus allocatives, il fait se rencontrer les apporteurs de fonds et les apporteurs de projets, mais il doit être dompté, inséré dans la société, à son service.

« Le marché, qui est fondé exclusivement sur des valeurs et des relations d’échange de nature utilitaire, écarte par sa propre logique interne toute considération extra-économique ; il ne peut être discipliné éthiquement et se montre réfractaire à tout comportement affectif. Lorsque le marché autoréglé engendre, par l’affrontement concurrentiel d’hommes de force et d’intelligence inégales, des distorsions telles qu’elles provoquent un flux de tensions sociales qui finissent par devenir intolérables, il se retrouve complètement désarmé devant la révolte, engendrée et au fond soutenue par son action désacralisante et atomistique, qui risque de faire volet en éclats le corps social.
C’est alors que se révèlent l’extraordinaire fragilité et la nocivité sociale de son idéal de liberté ; c’est une liberté négative qui, cantonnée dans le domaine économique, c’est-à-dire dans le désert aride d’un monde de marchandises, fait disparaître les liens communautaires, isole les individus dans leur égoïsme, dissocie la société, engendrant ainsi un profond sentiment d’insécurité, d’impuissance, de solitude et d’anxiété. C’est une liberté si peu sûre d’elle-même qu’elle n’hésite pas le cas échéant à recourir aux contraintes politiques pour freiner le mécanisme de désagrégation sociale qui la met en danger ».

Henri Arvon, Les libertariens américains, p137

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