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Le FNJ et les retraités : il faut contrer leur déclassement et les sensibiliser au nôtre !

Le FNJ et les retraités : il faut contrer leur déclassement et les sensibiliser au nôtre !

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Par Donatien Véret, secrétaire départemental du FNJ – Val d’Oise

L’intitulé de cette contribution étonnera sûrement. En effet, le FNJ, mouvement de jeunesse du Front national, a vocation à fédérer les jeunes de 16 à 30 ans. La question des retraités ne le concerne pas a priori. Et pourtant… Alors que la Ministre déléguée des Personnes âgées et de l’Autonomie, Michèle Delaunay, a déclaré récemment « compter sur les personnes âgées pour contrer le FN », il convient de se pencher sur la question.

Les plus de 60 représentent 14 millions de personnes en France, soit 21% de la population : selon les projections, ils devraient atteindre 31% du total démographique de notre pays en 2050. Pour illustrer ce phénomène, le démographe Gérard-François Dumont parle de « gérontocroissance » et d’une « France ridée »1, tandis que le sociologue Serge Guérin évoque une « séniorisation de la société ».

Les retraités se mobilisent à toutes les élections (ce sont les moins abstentionnistes), et particulièrement dans les scrutins désaffectés par les Français, où leur poids électoral se renforce (c’est le cas des élections intermédiaires). Cette mobilisation leur confère un « pouvoir gris » (G.-F. Dumont) qui a largement contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Le vote des retraités est donc un enjeu majeur pour tout parti de masse. Pour Serge Guérin et le géographe Christophe Guilluy, le vote des retraités pauvres est même devenu un « vote-clé »2.

Dans cette catégorie des retraités, le vote pour Marine Le Pen oscille, selon les différentes études, entre 10% et 14%. A contrario, le vote pour Nicolas Sarkozy atteignait 64% au second tour en 2007, et 53% en 2012. Les retraités se concentrent très majoritairement sur les partis institutionnels (UMP et PS). Cette situation n’est pas figée mais elle appelle des efforts ciblés : les marges de progression sont importantes dans cet électorat en constante augmentation !

I. Situation sociale des retraités

Loin des discours faciles sur les retraités (décrits comme des privilégiés disposant d’un patrimoine, des inactifs aux revenus confortables), leur situation apparaît contrastée :

– 65% des retraités viennent de milieux populaires (ouvriers, employés, agriculteurs), et ils sont géographiquement localisés comme les classes populaires ;
– la retraite médiane s’élève à 1100 euros par mois et 1 million de retraités sont toujours en dessous du seuil de pauvreté (dont une majorité de femmes) ;
– le niveau médian des pensions pour les nouveaux retraités est de 850 euros par mois, du fait de la discontinuité des trajectoires professionnelles liées à l’évolution du marché du travail (gonflement des formes atypiques d’emploi comme l’intérim, le CDD et le temps partiel) ;
– la désindexation des pensions par rapport aux salaires en 1993, le calcul des retraites de base sur les 25 meilleures années au lieu de 10 meilleures et la diminution du rendement des complémentaires fragilisent le montant des retraites ;
– les prix de la santé non remboursée et des charges liées au logement et au transport (hausse des dépenses contraintes) s’ajoutent à ce constat ;
40% des propriétaires occupants retraités sont des propriétaires précaires selon l’Agence nationale de l’habitat (ANAH).

Pour les retraités comme pour les Français, l’on assiste à une « extension du domaine du désavantage social »3 et à une tension, voire une fracture du lien social. La hausse des impôts sur les retraités (hausse de la CSG) et la dégradation de leurs pensions ne vont pas améliorer la situation (avec un impact intergénérationnel : diminution des transferts d’argent des retraités vers leurs enfants ou petits-enfants, notamment étudiants et chômeurs). Sans compter les inégalités liées à des réformes de décentralisation injustes…

II. Quel discours et quelles solutions

Même si le vieillissement démographique induit une « droitisation », et la sensibilité à des thèmes sur lesquels nous sommes identifiés (insécurité, immigration), nous devons élaborer un discours apte à convaincre des retraités. Il faut continuer à développer des thèmes plus généraux, qui ne sont pas propres aux retraités mais qui sont déjà au cœur de nos propositions : la défense des services publics, importante dans la détection des fragilités liées au troisième âge et dans le maillage du territoire ; l’application de la tolérance zéro face au laxisme judiciaire, notamment via l’application des peines planchers ; la lutte contre une politique d’immigration coûteuse pour la cohésion sociale et identitaire de la France, et dont les retraité sont aussi victimes.

La critique de l’euro doit être abordée en rappelant la spoliation des dépôts bancaires effectués à Chypre, qui crée un précédent ; l’euro peut être aussi l’occasion de rappeler que la France n’a pas à assumer le dérapage des dettes de tous les pays d’Europe, en grand partie lié à l’instauration même de cette monnaie unique mal faite. Plutôt que de remettre en cause une monnaie qui n’a pas quinze ans d’existence, les gouvernements successifs choisissent la baisse réelle des pensions, la détérioration du système de santé, le déremboursement des médicaments ou la hausse des mutuelles, qui servent de variables d’ajustement.

La question du protectionnisme peut être l’occasion de rappeler le lien entre le travail et sa récompense salariale : il valorise et protège le travail, le re-lie à la rétribution du mérite, contribue à le re-centrer et à sécuriser les parcours professionnels. Dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler un « protectionnisme rémunérateur », les revenus peuvent augmenter : c’est une rupture profonde avec une « politique […] pour laquelle le progrès social semble être avant tout considéré comme un obstacle à la compétitivité dans le cadre du libre-échange mondialisé (J.P. Le Goff)4. La déréglementation du travail dans ce cadre contraint est un facteur d’affaissement des retraites.

Enfin, nous les jeunes, nous devons sensibiliser nos anciens sur notre déclassement. Selon l’Eurobaromètre 2006, 76% des Français craignent que la situation de leurs enfants ne soit inférieure à celle qui est maintenant la leur. La loi du progrès générationnel, qui était une constante depuis l’après-guerre, est remise en cause : « les trajectoires ascendantes sont désormais plus difficiles pour les enfants issus des classes populaires et que les trajectoires descendantes deviennent de plus en plus nombreuses parmi les enfants nés dans des milieux plus favorisés »5. Pour Eric Maurin, « La peur du déclassement ne règne pas tant aux marges de la société qu’en son coeur »6. Cette inquiétude liée au déclin est fortement mobilisatrice.

Alors n’hésitez pas à vous munir des tracts que le Front national a conçus contre la casse des retraites, et partez à la rencontre de ceux que le gouvernement socialiste veut user jusqu’à la corde ! N’oubliez pas que leur vécu est une source inépuisable de connaissances, qu’ils sont notre mémoire et qu’il faut garder un lien vivant entre les générations, une vraie solidarité, constitutive d’un grand peuple. Enfin, nous pourrons valider les prédictions de Christophe Guilluy et Serge Guérin : « le risque d’une montée sensible du vote FN [chez les retraités populaires] devient de plus en plus probable ». Pour nous ce n’est pas un risque, mais un espoir !

Notes :
1. G.-F. Dumont, Populations et territoires de France en 2030, L’Harmattan, 2008.
2. S. Guérin, C. Guilluy, « Le retraités pauvres, un vote-clé », Le Monde, 27/08/2012
3. O. Schwartz, « Vivons-nous encore dans une société de classes ? », La vie des idées.fr
4. J.-P. Le Goff, La gauche à l’épreuve, 2011.
5. C. Peugny, Le déclassement, Grasset & Fasquelle, 2009.
6. E. Maurin, La peur du déclassement. Une sociologie des récessions, Seuil, 2009.

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