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La véritable misère est dans nos campagnes !

La véritable misère est dans nos campagnes !

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Tribune libre de Nicolas Reynès, Secrétaire départemental du FNJ – Nord-Flandre

La France contemporaine repose sur une arnaque tellement énorme qu’elle a été totalement assimilée par le sens commun. Il ne s’agit pas d’une arnaque strictement marchande – ce serait si peu – mais d’une escroquerie intellectuelle et morale intégrale, réussissant un parfait retournement de situation. Ce tour de force magistral a rendu juste l’injuste et acceptable l’inacceptable. Il a totalement inversé l’ordre des valeurs pour réduire à néant un fondement de notre civilisation. Ce sort tragique qui nous préoccupe n’est autre que celui des habitants de nos campagnes, plus particulièrement de notre paysannerie. La paysannerie, un mot oublié ou plutôt rendu désuet, à une époque où nous parlons plus volontiers dans un langage technocratique des “exploitants agricoles”. Il est vrai que paysannerie, cela fait trop terroir, trop vieille France, cela doit donc renvoyer à une époque sans doute lointaine, en tout cas révolue dans l’esprit d’une majorité de gens, mais à laquelle nous tenons pourtant pour parler de ces agriculteurs et éleveurs qui sont la première source de richesse de ce pays, tout simplement car ils permettent de nous nourrir. Une activité vivrière, vitale au sens le plus exact du terme, indispensable à la France pour son autonomie alimentaire, une richesse si essentielle qu’on en finit par l’oublier, tel l’air qu’on respire sans même y penser. Une immense richesse de la France, qu’on surnommait le grenier de l’Europe, une richesse dont l’absence rend toutes les autres activités, même pas superflues, mais juste impossibles.

Comment une telle activité, si primordiale, pourrait-elle bien être tant dénigrée ? Exagérons-nous quand nous affirmons que notre paysannerie, pardon, nos exploitants agricoles, sont si mal lotis dans ce pays ?
Enlevons d’entrée les quelques gros producteurs qui constituent une classe à part et concentrons-nous sur l’immense majorité des petits et moyens exploitants, que leur reste-t-il ? A partir des chiffres de l’Insee (1) on sait qu’en 2003, “le revenu agricole net des charges sociales du foyer s’établit en moyenne à 15 800 euros [par an] par foyer. Pour la moitié des foyers, le revenu agricole est négatif ou inférieur au Smic net (soit 11 600 euros en 2003).” Même avec le complément d’autres revenus la proportion de foyers dont le revenu est inférieur au Smic net s’élève à 30 %. Autrement dit, nos agriculteurs et éleveurs sont ce que l’on appelle des travailleurs pauvres, l’authentique scandale de nos pays “riches”: des gens qui n’arrivent pas à vivre correctement des revenus de leur travail alors même que leur activité figure parmi les plus pénibles encore aujourd’hui.
Combien sont-ils ? La population agricole ne représente plus actuellement que 3% des actifs. Est-ce en raison de leur poids démographique déclinant que nos paysans sont si mal défendus de nos jours ? Il est en effet loin le temps où la paysannerie composait l’immense majorité de la population (80% des Français sous l’Ancien régime étaient issus du monde rural). Pourtant, jusqu’à une époque pas si éloignée que cela, jusque dans les années 1930 en fait, la moitié des Français vivaient encore à la campagne. Notre pays a longtemps conservé sa tradition de terre rurale et ne s’est urbanisé que lentement.

Nous savons qu’il se trouve des millions de Français vivant dans des conditions matérielles précaires. Mais franchement, de tous ceux qui souffrent silencieusement dans ce pays, nos agriculteurs et nos éleveurs ne sont-ils pas parmi ceux dont le sort est le plus révoltant ? La colère ne vous saisit-elle pas lorsque vous prenez conscience que ceux qui contribuent le plus immédiatement à la vie de ce pays en le nourrissant vivent dans des conditions indignes avec un salaire de misère ? Une vie de labeur, où l’on ne peut prendre de vacances en raison de la nature-même de son activité, pour des revenus indigents l’immense majorité du temps, couronnée d’une misérable retraite. Qui aujourd’hui vit le plus loin des services publics ? Qui vit dans les régions du territoire où la densité de médecin par habitant est la plus faible ? Où va l’argent public ? Dans la campagne où vivaient nos grands-parents ou bien dans la banlieue où vivent ceux venus nous remplacer ? C’est un fait que les faiseurs d’opinions, donneurs de leçons et moralistes actuels sont plus enclins à s’apitoyer du devenir des “jeunes” dans les “quartiers sensibles”, victimes de “stigmatisation”, de “discrimination” et “d’amalgame” – des mots piégés que j’ai pris en horreur – que de dénoncer l’immense injustice faite aux travailleurs de la terre qui, il est vrai, ne mettent pas en péril la tranquillité de la société. A l’évidence, ils ne sont pas eux des fauteurs de guerre civile amateurs d’incendie de voitures la nuit de la Saint Sylvestre, qu’on essaye péniblement de calmer par crainte et à grand renfort d’emplois associatifs avec l’argent de la politique de la ville. Pendant que les pouvoirs publics, complètement soumis idéologiquement au discours victimaire, s’attellent à payer un tribut aux barbares avec l’argent des autres, ils laissent se paupériser, dans le mépris le plus cynique qui caractérise l’hyper-classe au pouvoir, le peuple digne de ceux qui souffrent en silence.

Nous savons que ce n’est pas la misère qui engendre nécessairement le crime. Il existe des familles entières, à la ville comme à la campagne, vivant dans le dénuement le plus déchirant mais qui malgré tout demeurent dignes. C’est même une insulte à tous ceux qui persévèrent dans l’honnêteté malgré les difficultés de les assimiler aux délinquants qui ont choisi de violer la loi pour s’en prendre aux personnes et à leurs biens. L’excuse sociale avancée pour expliquer la violence est totalement insuffisante voir complètement aberrante quand il s’agit en plus de déculpabiliser les fautifs. Mais tout cela est un autre sujet qui mérite une analyse à part entière.

Reste ce profond sentiment d’injustice envers nos agriculteurs et éleveurs, travailleurs de la terre, qui la respectent, la craignent et savent utiliser intelligemment les dons de la nature pour vivre et faire vivre même les ingrats qui les méprisent. Des gens nous rappellent que nous venons de la terre, dépendons d’elle toute notre vie et que nous y retournerons quoi qu’on pense.

(1) : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1068

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